Aliaa Almahdy. Erolitics.
Aliaa Almahdy essaie d’éclairer, à la lumière de son corps, l’obscurantisme qu’elle dénonce.
Certes, la publication intentionnelle de ce corps féminin, jeune et érotisé par les attributs que sont les ballerines, le collant, la fleur et la pose même est, en soit, une provocation au sein d’une culture qui proscrit toute référence érotique hors de la sphère privée.
Mais cette provocation utilise d’étranges codes. Car l’image fait plus volontiers penser à la pose naïve des photographies érotiques du XIXème siècle, interdites et obscènes à l’époque, alors que l’image même, publiée sur internet, fait partie des millions de photographies, amateurs ou professionnelles, crues ou délicates, qui alimentent l’une des nature du Réseau, pornographique.
Des contradictions presque anachroniques, si elle n’est pas forcément volontaire, signifie quelques choses.
Aliaa Almahdy pose en pin-up, comme pour proposer une synthèse de l’érotisme photographique, intemporel, renvoyant à l’époque pré-indépendantiste de l’Égypte, que regrette parfois l’auteur de l’Immeuble Yacoubian, Alaa al-Aswani, révolutionnaire, écrivain et fin analyste de la société égyptienne…
Certes, cet érotisme de pin-up est littéralement frontal, car il refuse de cacher ce qui, a priori, est inconvenant, mais il s’impose car il n’est pas destiné à satisfaire les désir que se destinent à satisfaire habituellement la photographie érotique.
Par sa nature, cette image est politique, et la nudité s’efface au profit du discours.
Aliaa Almahdy prend à témoin le monde entier dans sa nudité, directement inspirée des initiatives féministes. C’est donc devant le monde entier, déjà témoin du Printemps Arabe, que ceux qui seront choqués par cette initiative devront défendre l’idée d’une moralité qui serait ici bafouée.
Car entendons nous. On ne peut considérer qu’une image, dont on prévient qu’elle présente des caractères érotique comme le fait Aliaa, via Blogger, qson hébergeur, respecte deux règle fondamentales d’internet : la liberté d’expression et la responsabilité des internautes vis-à-vis des images qu’ils voient.
Et libres à ceux qui refusent cette nudité de ne pas voir cette image de ne pas la voir. Et la dénoncer, c’est dénoncer la liberté qui a fait d’internet un des socles du fameux Printemps…
Et censurer Aliaa tiendrait de la pure contradiction.
Ironie du sort, quand on demande à Google de trouver des images analogues à celle de Aliaa Almahdy, on trouve notamment un voile, des sculptures de corps masculin et un portrait de femme mariée, comme si l’algorithme du moteur arrivait à associer ironique l’image de l’égyptienne avec d’autres images qui en nourrirait pudiquement le sens. Ou comme si cet algorithme révélait la nature de cette photographie : sage, intelligente et presque trop pudique pour être érotique.

